La dissertation est un exercice habituel dans les études de droit en France. C’est souvent le second sujet posé, dans les partiels, à côté du commentaire d’arrêt. Les deux exercices ont de nombreux points communs et de nombreuses différentes. La dissertation est l’exercice théorique par excellence. Le sujet est le plus souvent une simple phrase qui amène l’auteur de la dissertation à formuler une problématique abstraite.

Que choisir : commentaire ou dissertation ?

Dans la plupart de cas les étudiants préfèrent le commentaire d’arrêt. L’arrêt à commenter fournit un support : c’est la partie pratique de l’exercice qui rassure. Avec la dissertation, il n’y a aucun support, c’est un grand saut dans le vide. Pourtant, objectivement, la dissertation est un exercice plus facile. Il ne s’agit pas ici d’élaborer une thèse originale mais de développer une idée d’une manière logique et organisée, en fournissant des connaissances théoriques.

En d’autres termes, les deux seules difficultés de la dissertation sont :

  • bien comprendre le sujet, le délimiter, et y répondre correctement (c’est-à-dire sans être hors-sujet) ;
  • bien connaître le fond (c’est-à-dire le cours…) pour avoir assez de matière.

Le commentaire d’arrêt présente ces deux mêmes difficultés (car il ne faut pas croire qu’on peut commenter un arrêt sans parfaitement connaître son cours), et une troisième en plus : le contenu de l’arrêt définit le contenu du commentaire. Avec la dissertation, c’est différent : il y a toujours plusieurs façons de répondre à la question posée, et il n’y a pas de « contenu obligatoire » (même s’il existe presque toujours un minimum irréductible). L’auteur d’une dissertation a donc une plus grande liberté que l’auteur d’un commentaire pour choisir ce dont il va parler.

Méthode de la dissertation

Contrairement au commentaire d’arrêt, la dissertation n’a pas de méthodologie précise. Il faut faire un plan structuré et le remplir ; chacun s’y prendra comme il le désire. Il existe cependant quelques obligations sur la forme (1) et il est possible de donner quelques conseils pour le fond (2).

1) Sur la forme

Sur la forme, la dissertation doit en principe être construire comme le commentaire d’arrêt. C’est-à-dire que le devoir devra être organisé de cette manière :

  • Introduction (approx. 1/3 du texte)
  • Première partie (approx. 1/3)
  • Seconde partie (approx. 1/3)

On fera les mêmes remarques que pour le commentaire d’arrêt :

  • il n’est pas nécessaire de faire une conclusion ; c’est même parfois dangereux lorsqu’on a tendance à se poser à nouveau une question à laquelle la dissertation est censée répondre…
  • l’introduction doit être une présentation non seulement de la problématique, mais aussi de la réponse apportée ; il faut donc donner ses conclusions dans l’introduction, mais sans détailler le raisonnement qui permet d’arriver à ces conclusions (c’est l’objet du développement, les différentes parties du corps du devoir) ;
  • les plans en deux parties sont conseillés, même s’il est possible sur un sujet donné de faire trois parties.

La dissertation présente, en pratique, un avantage considérable sur le commentaire d’arrêt : il n’est pas nécessaire de lire et comprendre un texte qui s’étend parfois sur plusieurs pages, ce qui fait gagner beaucoup de temps pour l’élaboration du plan. En effet, l’élaboration du plan est la phase critique, tant dans la dissertation que dans le commentaire. C’est souvent l’étape qui fait perdre le plus de temps aux étudiants. Avec la dissertation, vous n’avez pas à perdre 20 minutes en lecture, vous pouvez commencer à inscrire des idées au brouillon dès le début de l’épreuve. Vous passerez donc plus de temps sur votre plan (généralement de 1 heure à 1h30 sur les 3 heures de l’épreuve), qui sera généralement meilleur…

2) Sur le fond

La première chose à faire, face à un sujet de dissertation, est de se demander en quoi il soulève des questions. Il faut alors tourner le sujet dans tous les sens dans sa tête, en essayant d’en définir mentalement les limites. De là surgiront un certain nombre de questions qu’il est bon de marquer au brouillon. Une fois la liste des questions élaborée, il faut les articuler entre elles. Cette articulation est la problématique de la dissertation, le fil directeur du raisonnement.

A éviter absolument, la problématique paralogique ou fallacieuse. Pour reprendre un exemple célèbre, si le sujet est Le café du Brésil, le plan ne pourra pas être I. Le café ; II. Le brésil… Il faudra éviter, de la même manière, les plans « descriptifs » du genre théorie/pratique, avant/après, thèse/antithèse, etc. Les différentes questions seraient juxtaposées sans logique, alors que tout l’art de la dissertation réside dans l’articulation des questions dans une problématique générale.

De la problématique doit découler tout naturellement le plan. Le plan est une manière (binaire ou non) de répondre à cette problématique.

Pas de hors-sujet ! L’objet d’une dissertation n’est pas d’exposer des connaissance (ou de « réciter son cours »), mais de répondre à une question que l’on se pose. Ainsi, il est non seulement inutile de remplir des pages en récitant son cours (cela fait perdre du temps et cela ne fait pas gagner de points), mais c’est aussi contre-productif car le correcteur se dira : « il/elle n’a pas compris le sujet ». C’est pourquoi il est important de définir, dès le départ, les limites du sujet.

Pas besoin d’avoir raison ! Le correcteur d’une dissertation jugera votre esprit critique, c’est-à-dire votre raisonnement, votre cheminement intellectuel et votre rigueur scientifique, et non le résultat obtenu. Ainsi, vous pouvez soutenir une idée fausse (ou défendre une jurisprudence révolue ou une doctrine minoritaire) et obtenir une excellente note : il suffit que votre raisonnement soit logique et rigoureux.

 La rédaction

Comme il a été dit plus haut, la dissertation est un exercice théorique. On en rédige donc le contenu sans support externe. Il n’y a pas de paragraphe débutant par « En l’espèce… » dans une dissertation. C’est souvent ce que les étudiants trouvent de plus difficile dans la dissertation : il faut faire jouer sa mémoire ! Cependant, cela ne signifie pas que vous n’avez pas le droit d’être concret. En effet, une dissertation convaincante est pédagogique : après une idée formulée de manière abstraite, il est bon de donner un exemple concret qui l’illustre et la renforce.

Le correcteur sait bien que vous n’avez pas de bibliographie à disposition et que vous ne pouvez pas citer de référence (sauf quelques références célèbres, incontournables…). Il sera donc assez indulgent sur ce point, l’essentiel étant d’avoir un raisonnement logique et structuré.

En ce qui concerne les citations, v. le paragraphe qui leur est dédié dans l’article sur le commentaire d’arrêt.

L’introduction

L’introduction doit à la fois introduire le sujet et présenter votre réponse, c’est-à-dire les développements qui vont suivre. Ne faites pas de « cachoteries » dans l’introduction : il faut donner au lecteur toutes les clés pour comprendre les développements. Une introduction qui se terminerait par « Voici donc la question qui se pose : …. ? Et maintenant, nous allons voir comment l’on y répond, I. D’abord en… ; II. Puis en … », serait une bien mauvaise introduction.

Vous devez répondre, dans votre introduction, à 3 questions :

  1. Quoi ?
  2. Pourquoi ?
  3. Comment ?

1) Quoi

Il s’agit de la première étape : expliquer le sujet (ou plutôt expliquer au lecteur comment vous comprenez ce sujet), puis le délimiter (en justifiant cette délimitation par des arguments logiques).

2) Pourquoi ?

Le sujet est intéressant, sinon il n’aurait pas été posé. Mais quel est son intérêt ; ou plutôt, quels sont ses intérêts ? En répondant à la question « pourquoi ce sujet ? », vous devez faire apparaître le ou les intérêts du sujet. L’intérêt principal du sujet est nécessairement juridique (sinon, vous serez hors-sujet). Cependant, vous pouvez intégrer des éléments historiques, de droit comparé, d’économie, de politique, de sociologie, etc., pour montrer toute l’importance du sujet.

3) Comment

La réponse à la question « comment traiter ce sujet ? » débouche sur l’annonce du plan. Les intérêts (« pourquoi ? ») justifient le choix de votre plan. Autrement dit, l’annonce du plan ne doit pas être « parachutée » en fin d’introduction ; elle doit être la suite logique de ce qui la précède.