Généralités

On peut reprocher beaucoup de choses à la double-maîtrise, mais on ne peut pas reprocher au jury d’être partial lors de la sélection des dossiers. Si un dossier n’a pas été retenu alors qu’il était assez bon, c’est qu’il y avait d’autres dossiers meilleurs. Or, puisque le nombre de candidats est en perpétuelle augmentation, le nombre de bons dossiers l’est également.

De plus, quoi que décide le jury, il y aura des personnes lésées. S’il décide de privilégier les personnes ayant déjà fait une année de droit en faculté, les bacheliers seront lésés et pourront soutenir qu’un programme universitaire qui débute en 1ère année de DEUG leur est naturellement destiné. Si, à l’inverse, le jury privilégie les bacheliers, les étudiants qui ont fait une année de droit dans l’attente d’être pris pourront soutenir qu’il n’est pas juste de les priver de leurs chances.

Cette année, un peu plus de la moitié des personnes sélectionnées pour passer l’entretien d’admission ont déjà effectué une année d’études en faculté. Il y avait beaucoup de candidatures de personnes en 1ère année de droit ; toutes ne pouvaient pas être retenues. L’année prochaine, ce sera peut être l’inverse: très peu de candidatures de personnes en 1ère année de droit. Dans ce cas, il y a de fortes chances pour que les dossiers présentés soient retenus.

Ce n’est qu’un exemple. Il existe de nombreux autres critères: les résultats scolaires, le niveau de langue, le fait d’avoir suivi un cursus international au lycée et plus généralement la motivation (ce qui ne désigne pas seulement « l’enthousiasme », je le rappelle, mais l’ensemble des raisons subjectives et objectives qui ont conduit une personne à déposer sa candidature).

Tout cela pour dire que l’admission ou le rejet d’un dossier résulte d’une appréciation globale de ce dossier. Certains éléments sont contingents et il est impossible de dire à l’avance s’ils avantageront ou désavantageront le candidat.

Bac S, L ou ES ?

Certains diront qu’avoir fait un Bac S est un avantage : la rigueur scientifique structure le raisonnement. D’autres soutiendront que le Bac L est plus profitable aux étudiants en droit : c’est une science humaine, donc une matière littéraire. On pourrait également dire qu’avoir fait un Bac ES est un avantage pour appréhender les implications économiques et sociétales des lois.

Les trois affirmations sont vraies. Certains étudiants seront avantagés sur certains points, et les autres le seront sur d’autres points. Dans tous les cas, la balance est équilibrée et aucune des trois voies n’est une voie « royale ». Les candidats ont autant de chances d’être retenus par le jury, qu’ils aient fait un Bac S, L ou ES.

Est-il nécessaire d’avoir obtenu une mention au Bac ?
C’est un avantage, mais il n’est généralement pas déterminant. Un candidat qui postule pour une cursus de mathématiques pures sera avantagé s’il a eu 19/20 en maths, peu important qu’il ait eu 3/20 en philo. En revanche, en ce qui concerne le droit, un étudiant qui aurait obtenu 14/20 aux deux matières serait avantagé (car cela montre sa constance, son sérieux, son ouverture d’esprit, etc.), même s’il se peut qu’il ait une plus mauvaise moyenne algébrique.

 

Niveau de langue

Le niveau de langue est important, à double titre. D’abord parce que les enseignements sont prodigués dans deux langues, qu’il faut maîtriser suffisamment pour pouvoir comprendre les cours, lire les manuels, répondre aux questions et rédiger lors des partiels. Ensuite, parce que les gens sérieux , intelligents, cultivés, s’expriment correctement. Si votre connaissance de la grammaire française ou espagnole se limite aux standards du « langage SMS », le droit n’est pas fait pour vous, et ce cursus encore moins. Cela dit, si vous n’arrivez pas à lire « El Quijote » en version originale, vous n’avez aucun souci à vous faire : les enseignants madrilènes savent qu’ils enseignent en partie à des étrangers, et ils en tiennent compte. En définitive, lors de l’entretien, ce sera votre façon de vous exprimer qui sera jugée plutôt que votre niveau brut de langue espagnole. Le jury préférera sans aucun doute un étudiant qui respecte la grammaire espagnole mais qui manque de vocabulaire à un étudiant qui connaît parfaitement toutes les subtilités de l’argot espagnol et qui les utilise !

Certains étudiants français arrivent en première année à Madrid en ayant des difficultés à parler et à écrire l’espagnol. Ils n’ont en général plus de problème quelques mois plus tard. En revanche, tous les étudiants doivent comprendre ce que disent les professeurs en cours. Sinon, il est clair qu’ils n’ont pas un niveau suffisant pour faire leur études en Espagne.

 

Faire la double-maîtrise pour apprendre les langues ?

Attention, ce piège est absolument à éviter ! Vous ne serez pas retenu si vous dites au jury vouloir partir en Espagne pour apprendre la langue espagnole. D’une part, vous êtes censé(e) parler suffisamment bien espagnol avant de débuter le cursus et, d’autre part, la double-maîtrise n’est pas un cursus linguistique, c’est un cursus juridique. Si votre but est d’apprendre l’espagnol, partez en Espagne dans le cadre d’un programme Erasmus ou inscrivez vous en fac de langues, mais la double-maîtrise n’est pas faite pour vous.